Myriam El Khomri - Voeux à la presse 2017

Jeudi 26 Janvier

Retrouvez le discours de Florence Mehrez, présidente de l’AJIS, lors des voeux à la presse de Myriam El Khomri.

Madame la ministre,
Madame la secrétaire d’Etat,
Chers consoeurs, chers confrères,
Mesdames, messieurs, 

C’est la première fois, madame la ministre, que j’ai l’honneur de vous présenter mes voeux au nom de la presse sociale. 

Des vœux emprunts d’espoir mais aussi d’inquiétude. 

D’inquiétude d’abord, car la presse n’a pas été épargnée en 2016.
Des sénateurs ont tenté d’écorner la loi de 1881 sur la liberté de la presse.
C’est le projet de loi Egalité et citoyenneté qui prévoyait de la réviser. Un certain nombre d’associations de journalistes – dont l’AJIS - mais aussi de sociétés de journalistes et de syndicats comme le SNJ se sont mobilisés pour alerter des graves dérives portées par ce texte.
Si les dispositions litigieuses ont finalement été retirées du projet de loi, nous resterons vigilants à ce qu’elles ne soient pas réintroduites ultérieurement.

Inquiétude ensuite car des rédactions ont été déstabilisées. 

C’est le conflit au sein d’I-télé qui a duré près de 4 semaines et entraîné le départ de 98 journalistes. 

Ce sont les menaces de suppressions d’emplois dans les rédactions de l’Obs et de la Voix du Nord. 

Ce sont enfin les départs au sein du pôle presse de WKF qui a été cédé en juillet à Info6-tm. 

Savez-vous madame la ministre que dans quelques jours Liaisons sociales magazine n’aura plus qu’un journaliste dans sa rédaction sur les 11 qui étaient en poste au mois d’octobre ?
Que le reste de l’équipe a fait jouer sa clause de cession estimant que les conditions nécessaires pour pérenniser un journal de qualité n’étaient pas garanties ? 

Pour notre association, c’est la consternation de ne pas savoir si un magazine emblématique comme Liaisons sociales magazine existera encore demain.
C’est une tristesse ensuite pour son équipe de journalistes épatante, dynamique, investie au sein de l’AJIS. 

Vous le savez plus que quiconque, madame la ministre, il n’y a pas d’information de qualité sans des rédactions à qui on donne les moyens de faire leur travail dans de bonnes conditions. 

Votre loi, plus que toute autre a démontré la nécessité de journalistes spécialisés, capables de manier des concepts d’une grande technicité, de démêler le vrai du faux entre partisans et opposants et de mettre en perspective des débats de fond. 

Je ne sais d’ailleurs pas ce que nous réserve votre successeur, mais vous avez placé la barre très haut en matière d’actualité sociale !

Votre loi nous a occupés toute l’année. Et pas seulement nous, les journalistes sociaux !
Tel un coucou, la loi Travail a fait son nid dans toutes les rubriques. 

A cet égard, je tiens à vous formuler des remerciements mais aussi des regrets. 

Des remerciements car vous avez accepté par deux fois de venir échanger avec les journalistes de l’AJIS sur votre texte.
Dès le mois de janvier pour nous présenter les grandes lignes de la réforme.
Puis en septembre, une fois le texte adopté, comme vous vous y étiez engagée devant nous. 

Des regrets aussi, car l’accès à l’information n’a pas toujours été simple. Tout du moins au départ.
Différentes versions du projet de loi ont circulé, les journalistes ne savaient plus sur quel texte travailler, et il a fallu plusieurs jours avant que vos services n’envoient à toutes les rédactions la version officielle adressée au Conseil d’Etat.
Nous vous avions saisi à l’époque pour vous rappeler que l’accès à l’information de tous les journalistes était gage de qualité et d’égalité. 

La publication des guides du ministère reste aussi un mystère pour nous.
Pour preuve, votre guide sur le fait religieux, maintes fois annoncé, livré par bribes, n’est toujours pas officiellement publié.
Les mêmes péripéties avaient accompagné la publication du guide sur le burn out sous le mandat de votre prédécesseur.
Il est toujours mieux pour nous, journalistes, de travailler sur un support stabilisé et publié rapidement.

Je tiens également à vous remercier, madame la ministre, car vous n’avez pas failli à une tradition chère à l’AJIS, celle de remettre le Prix de l’information sociale.
Pourtant votre agenda avait été bousculé la veille par l’organisation d’une réunion en urgence à Matignon avec les partenaires sociaux. Je vous en sais d’autant plus gré que le prix AJIS est un rendez-vous fort et important pour notre association. 

Je vous l’ai dit, des vœux emprunts d’espoir aussi. 

Nous savons désormais que les décrets d’application d’une loi peuvent être publiés dans les temps, ce qui est une bonne nouvelle pour la légistique !
Mais je crains, madame la ministre, que vous n’ayez créé une jurisprudence dont tout à chacun se rappellera désormais.
Je m’interroge toutefois sur l’opportunité pour vos services d’avoir pu expérimenter votre nouveau droit à la déconnexion ! 

Plus sérieusement, l’espoir d’une embellie durable sur le front du chômage.
L’on ne peut que déplorer que cette question ait été - trop souvent encore – traitée comme un simple objet politique dont on guette l’évolution des courbes.

L’espoir aussi que votre nouveau plan de lutte contre les discriminations à l’embauche et au travail que vous avez lancé en avril fasse enfin – vraiment et profondément – évoluer les mentalités. L’espoir que les entreprises, plus que la crainte du name and shame, se mobilisent, conscientes de l’importance de l’enjeu pour notre société. 

L'on ne peut d’ailleurs que regretter que ce sujet soit absent des débats de la présidentielle. 

L’année qui s’ouvre est en effet importante. 

La présidentielle remet le social au centre et nous nous en félicitons. 

Pour en décrypter les enjeux, nous invitons les candidats afin qu’ils échangent et détaillent leur programme social devant nos adhérents. 

Certains acceptent, d’autres non, ce que nous regrettons d’autant plus lorsque ces mêmes candidats déplorent dans la presse l’absence de débats de fond sur les questions sociales. 

2017 est également une année importante pour l’AJIS qui fêtera dignement ses 50 ans, le 14 septembre.
L’AJIS  est fière de pouvoir compter sur ses 300 adhérents et entend bien poursuivre sa mission de défendre une information sociale de qualité.  

Il me reste à vous souhaiter, madame la ministre, madame la secrétaire d’Etat, des vœux de santé et de réussite personnelle et professionnelle, à vous et à vos proches ainsi qu’à l’ensemble de vos collaborateurs.

Crédit photo : Bernard Domergue.