13 avril 2015

Garantie jeunes, service civique, contrat starter, prime d'activité... : lors d'une rencontre organisée par l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS), le 14 avril, le ministre Patrick Kanner a passé en revue la "boite à outils" du gouvernement pour favoriser l'insertion des jeunes. Un comité interministériel de la jeunesse se tiendra bien en juin.

Huit mois après son entrée au gouvernement, le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, Patrick Kanner, a détaillé les différentes mesures - nouvelles ou plus anciennes - censées favoriser l'insertion des jeunes. "Je souhaite mieux valoriser la communication autour de ces sujets parce que faire et faire savoir, c'est important !", a déclaré l'ancien président de l'Unccas. Le ministre a confirmé la tenue d'un comité interministériel de la jeunesse (CIJ) au mois de juin "en présence de jeunes", précédée par des rencontres territoriales.

Garantie jeunes financée sur fonds européens
Il était donc surtout question d'assurer le service après-vente de l'action gouvernementale. A propos de la garantie jeunes le ministre a insisté : "ce n'est pas un RSA jeunes, j'entends des approximations à ce sujet. Ce n'est pas un droit ouvert mais une possibilité de conclure un contrat d'engagements réciproques". Avec ce dispositif, "nous touchons les plus en difficulté, ceux qui cumulent les handicaps sociaux". 13 000 jeunes sont aujourd'hui concernés par cette mesure : "c'est partie très lentement comme tout nouveau dispositif" mais le gouvernement table désormais sur un objectif "ambitieux" de 50 000 garanties jeunes pour la fin 2015.  Patrick Kanner a rappelé que la garantie jeunes était en grande partie financée par l'Union européenne qui a mobilisé une enveloppe de 6 milliards d'euros sur cinq ans pour financer ce genre de dispositifs. Dans quelques mois, "l'Europe va demander des comptes et c'est normal". C'est pourquoi, le gouvernement présentera un "bilan quantitatif et qualitatif en septembre 2015".

Le service civique ne doit pas se substituer à l'emploi
Patrick Kanner est également revenu sur la généralisation du service civique. Une promesse qui signifie que "dans un an et demi, tout jeune qui voudra rentrer dans le service civique pourra le faire". Le ministre veut veiller à "ne pas dénaturer le service civique", pointant "le danger" qui existe "que des associations ou des collectivités passent en service civique des emplois nets". Pour contrer le risque "de transformation en emploi déguisé", l'Agence du service civique assurera un contrôle des missions proposées : "plus il y aura de missions service civique, plus le risque sera important", a convenu le ministre.
Autre souhait : faire en sorte que le service civique qui est aujourd'hui "porté à 84 % par les associations ("qui commencent à saturer") et à 16 % par le secteur public, atteigne un équilibre à 50/50". Une première action en ce sens : le ministre a négocié avec Marisol Touraine, ministre de la santé, 20 000 jeunes en service civique dans les hôpitaux.
Dans le détail, 45 000 missions de service civique sont programmées en loi de finances pour 2015 et "un décret d'avance de 60 millions d'euros a été publié la semaine dernière" afin d'atteindre 70 000 jeunes en service civique fin 2015 et 150 000 fin 2016, soit une enveloppe globale qui sera alors de 650 millions d'euros. "C'est de l'argent redéployé, a expliqué Patrick Kanner, une priorité aujourd'hui sanctuarisée dans le budget de l'Etat dès 2015".
Au service civique obligatoire - réclamé par certains (coût évalué à 3 milliards d'euros pour 800 000 jeunes) - le ministre préfère l'idée d'un "parcours citoyen qui commencerait en classe de troisième et s'étalerait jusqu'aux 18 ans du jeune".

Contrats aidés : lancement des contrats starter
Le contrat de génération "connaît un succès mitigé", a reconnu Patrick Kanner ; d'ailleurs lors d'une réunion de mobilisation sur l'emploi, le 13 avril, le président de la République "a demandé que l'on en fasse le bilan". "L'idée est belle mais il faut qu'on le revisite pour le rendre plus efficace", a expliqué le ministre aux journalistes. En revanche, les emplois d'avenir "ça marche", s'est-il félicité : "aujourd'hui on comptabilise 170 000 contrats et on dépasse l'objectif qui était de 150 000".
Quant au "nouveau" contrat starter qui "s'adresse aux jeunes les plus en difficulté, dans le secteur marchand uniquement", "il n'y pas de mesure plus simple que cela", explique celui qui a pesé pour que le dispositif soit retenu (le "contrat Kanner"). Cette déclinaison du CUI-CIE "est remboursé à 45 % (salaires et charges)" et 13 000 contrats starter sont prévus en 2015. La mesure "est d'effet immédiat à compter de la signature de la circulaire du 25 mars 2015" et "quelques contrats ont déjà été signés".
Côté budget, le ministre a indiqué que l'ensemble des mesures emploi seraient financées par l'enveloppe de 100 millions d'euros débloquée lors du comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté du 6 mars 2015.

Prime d'activité début 2016
Enfin, le ministre a confirmé l'entrée en vigueur de la prime d'activité (qui fusionne la PPE et le RSA activité) au 1er janvier 2016 pour un budget de 4 milliards d'euros. Intégrée dans le projet de loi Rebsamen (qui sera voté pendant l'été lors de la session extraordinaire), cette mesure - qui sera donc bien ouverte aux moins de 25 ans - "concernera 1,2 million de jeunes". Quid des étudiants et apprentis qui travaillent ? "Dans le projet de loi, ils ne sont pas concernés mais je ne doute pas que cela viendra dans la discussion parlementaire et le débat risque d'être chaud", anticipe Patrick Kanner. "La mesure coûterait un milliard d'euros de plus, donc si l'on se base sur une enveloppe constante de 4 milliards d'euros, cela risque d'entraîner une dégradation du barème", explique le cabinet du ministre.
Dernière annonce : une circulaire de Manuel Valls "est à la signature" et prévoira - comme pour le handicap - une clause "impact jeunesse" dans chaque projet de loi.

Voici la dédicace laissée par Patrick Kanner sur le Livre d'Or de l'AJIS à l'issue de la rencontre :
Merci de croire en cette jeunesse qui n’est pas un handicap mais une chance immense pour notre pays.
« A la jeunesse, il ne faut pas tracer un chemin mais ouvrir toutes les routes » Léo Lagrange…
… mon illustre prédécesseur.
P. Kanner

Crédit photo : Linda Daovannary.