4 mars 2015

Fraîchement arrivé à la tête de la CGT, Philippe Martinez prône un « nouvel équilibre entre syndicalisme institutionnel et syndicalisme d’adhérents », à tous les niveaux du dialogue social. Estimant que son organisation, qui fête ses 120 ans, va « plutôt bien pour son âge », il fait le point sur la situation de la CGT et ses positions sur les retraites complémentaires, la durée hebdomadaire de travail…

 

Une CGT « en état de marche »

Après le flottement des mois derniers à la tête de l’organisation syndicale, celui qui a succédé à Thierry Lepaon voit la CGT « en état de marche et motivée », mais il avoue qu’elle a « parfois du mal à équilibrer son côté contestataire et sa force de propositions ». Cette « crise traversée n’a rien à voir avec la volonté d’évoluer », explique Philippe Martinez qui veut réformer son organisation pour « correspondre aux nouvelles organisations du travail ». Il reconnaît qu’ « il faut moins de fédérations » au sein de la confédération. 

Parmi les évolutions visées, pour son organisation, mais aussi pour le dialogue social en général, Philippe Martinez insiste sur l’importance de trouver « un nouvel équilibre entre syndicalisme institutionnel et syndicalisme d’adhérents » : « Il faut rééquilibrer le temps passé avec les directions d’entreprises et les pouvoirs publics d’un côté, et les salariés de l’autre, à tous les niveaux du dialogue social », explique-t-il, faisant le lien avec le chantier de modernisation du dialogue social. 

Modernisation du dialogue social : la CGT compte « peser sur le projet de loi »

Il remarque que gouvernement doit tenir compte de l’échec de la négociation sur la modernisation du dialogue social. « Il faut changer la méthode de négociation, ça, c’est en cours, mais il faut aussi modifier le contenu de l’accord », précise Philippe Martinez, dont l’organisation compte bien « peser sur le projet de loi » présenté en Conseil des ministres mi-avril. 

Sur les retraites complémentaires, il s’oppose à la fusion des régimes Agirc (cadres du secteur privé) et Arrco (ensemble des salariés du secteur privé), qui entraînerait la disparition du régime de retraite complémentaire des cadres. « Nous sommes dans une politique de réduction des dépenses au lieu de mener une politique d’augmentation des recettes », résume-t-il, reconnaissant être « à contre-courant d’un certain nombre d’idées dominantes ».

Interrogé sur le syndicalisme rassemblé, Philippe Martinez remarque qu’ « il y a un besoin d’unité syndicale évident » mais n’en fait pas « un but absolu à atteindre ». Pour lui, « l’unité syndicale c’est aussi se dire [les choses] quand on n’est pas d’accord ». En désaccord avec d’autres organisations syndicales, la CGT l’est sur la durée de travail hebdomadaire, qu’elle veut ramener à 32 heures. « Il faut travailler moins pour permettre l’accès à l’emploi de plus de salariés », martèle son secrétaire général. Des salariés qui doivent être davantage maîtres de leur formation, souligne-t-il, déplorant que la formation soit plus utilisée pour « maintenir les salariés dans leur poste » que pour les faire gagner en qualification. 

À propos de l’appel à une journée de mobilisation interprofessionnelle, le 9 avril, lancé par la CGT, FO, la FSU et Solidaires, Philippe Martinez veut en faire « une première étape dans la convergence des luttes qui s’expriment dans les entreprises, notamment sur les salaires ». Organisée après les élections départementales des 22 et 29 mars, cette journée doit alerter le gouvernement sur « ce qui se passe dans les entreprises » et qui peut amener des salariés à faire de « mauvais choix » électoraux en votant pour le FN.

Voici la dédicace laissée par Philippe Martinez sur le Livre d'Or de l'AJIS à l'issue de la rencontre :
« A 120 ans, nous adorons toujours ces échanges contradictoires, francs et cordiaux.
Merci pour l’accueil et… à bientôt.
Philippe Martinez »

Crédit photo : Agnès Laurent.