20 janvier 2014

Retrouvez le discours de Véronique Hunsinger, secrétaire générale de l'AJIS, lors des voeux à la presse de Marisol Touraine.

Madame la ministre des Affaires sociales et de la Santé
Madame la ministre déléguée chargée de la Famille
Chères consœurs, chers confrères
Mesdames et messieurs,

Depuis le début de ma carrière professionnelle, vous êtes la cinquième ministre de la santé dont je couvre la politique. Mais vous êtes la première à qui je suis chargée, au nom des mes consœurs et confrères de l’Ajis, de présenter nos vœux. C’est une tradition républicaine ancienne mais que -  parait-il-  certains commencent à trouver un peu désuète. Pourtant, à l’Ajis, nous y sommes attachés. Pourquoi ? Parce que nous savons que nous les journalistes, nous ne sommes pas toujours parfaitement civilisés.

Exiger de vous à peine sortie de votre voiture une « réaction » sur des sujets divers et variés, sur une déclaration d’un de vos collègues du gouvernement, sur un fait divers.

Vous enjoindre de «  faire des sons » sitôt un discours prononcé sans vous laisser le temps de souffler : avec des phrases courtes bien entendu et en regardant les bonnes caméras.

Et je ne parle pas des rubricards et des journalistes de la presse spécialisée qui vous réclament à tout bout de champ du « biscuit » pour leurs papiers comme si vous étiez une machine à répondre aux questions : quel sera le montant du FIR dans la région Nord-Pas-de-Calais, dans quelles villes exerceront les 200 PTMG, et j’en passe.

Alors un bref instant de solennité pour vous présenter nos vœux, un peu de protocole même, vous avouerez que cela change des autres jours et cela ne peut pas faire de mal. Mais ne vous inquiétez pas, nous reprendrons tout de suite après nos mauvaises habitudes.

D’autant que je crois savoir que vous allez tout à l’heure détailler les grandes lignes de votre politique en 2014 : autonomie, fin de vie, famille et traduction dans la loi de la stratégie nationale de santé.  Ainsi, il semble que nous n’allons, ni vous, ni nous, nous ennuyer cette année. Vous nous avez même promis des nouvelles négociations conventionnelles. J’avoue que nous sommes plusieurs à qui cela avait un peu manqué l’année dernière ! Mais pour que notre bonheur soit complet encore faut-il que nous puissions travailler dans les meilleures conditions possibles dans l’intérêt de nos lecteurs et auditeurs. Vous nous avez fait le plaisir d’accepter à deux reprises en 2013 notre invitation à nos fameux « Grands RDV de l’Ajis ». Une fois pour parler santé et la seconde fois pour évoquer la réforme des retraites. J’espère que nous aurons l’occasion de vous recevoir à nouveau prochainement. Et je profite en outre de la présence de Mme Bertinotti pour lui adresser également une invitation dans la perspective de la loi famille.

L’Ajis a pour principal but de favoriser la production d’une information sociale de qualité et l’égal accès aux sources, de tous les journalistes, quels que soient leur titre ou leur fonction à l’intérieur de ces titres. Et là c’est le moment où je me dois de vous faire remonter le petit mécontentement de nos adhérents. Rien de bien méchant. Mais quand je les ai interrogés,  beaucoup m’ont dit regretter un « déficit d’explication » de votre politique : impossibilité d’avoir un accès à vos conseillers, difficulté pour nous d’anticiper le calendrier donc de nous préparer, quasiment pas de séances de décryptage collectives, peu de grandes conférences de presse, des annonces parfois réservées aux médias audiovisuels ce qui ne nous permet pas à tous de creuser et surtout beaucoup de questions sur des points factuels et techniques auxquelles les réponses sont apportées avec plusieurs jours de délai voire jamais. Mais ne prenez pas ces griefs autrement que comme une preuve de notre passion pour les sujets dont vous avez la charge ! Passion qui n’est pas près de s’éteindre vu le programme annoncé pour cette année.  Je crois que le téléphone de votre service de presse va beaucoup sonner dans les prochaines semaines. Il aura peut-être besoin de renforts.

Il est un autre sujet sur lequel je voudrais m’arrêter très brièvement. C’est celui de l’open data qui nous intéresse particulièrement nous les journalistes même si nous ne sommes pas les seuls. Pour donner un exemple et user de mon droit de suite : lors de notre « Grand RDV Ajis » vous aviez déclaré que pour vous il n’y avait pas de raison qu’un rapport de l’IGAS ne soit pas rendu public. Or finalement ce n’est toujours pas plus le cas aujourd’hui que dans le passé.  Quant au site data.gouv.fr, pour l’instant, le moins qu’on puisse dire, est qu’il nous laisse toujours sur notre faim. C’est d’autant plus dommage qu’un apport du journalisme numérique, peut-être l’un des plus intéressants dans notre secteur, c’est de pouvoir mieux qu’autrefois faire parler les chiffres… Nous ne sommes pas tous des hackers confirmés mais peut-être qu’il faudra y venir et apprendre à aspirer ces données qu’on se refuse à nous donner. Ou saisir la CADA.

Enfin, ces vœux sont traditionnellement l’occasion de dire un mot sur la situation économique et sociale de notre profession. L’inversion de la courbe du chômage que guette votre gouvernement ne nous concerne guère. 2013 a été une année noire pour l’emploi dans la presse : 1500 postes ont été supprimés ou sont toujours menacés. PSE, plan de départs volontaires, arrêt de titre, fermeture de groupe de presse, rachats multiples qui se traduisent par des diminutions d’effectifs, sans oublier les baisses de pagination qui affectent directement les pigistes : nous ne sommes pas à la fête.

Il ne me reste plus qu’une autre chose à dire. Au nom de l’Ajis, je vous adresse à chacune madame la ministre des affaires sociales et de la santé, madame la ministre déléguée à la famille, tous mes meilleurs vœux pour vous mêmes, vos proches, les membres de vos cabinets et l’ensemble des personnels de ce ministère.

Je vous remercie.

Crédit photo : Sébastien Toubon