22 janvier 2014

Retrouvez le discours de Manuel Jardinaud, président de l'AJIS, lors des voeux à la presse de Michel Sapin.

Monsieur le Ministre,
Mesdames et messieurs les membres du cabinet,
Chers consœurs, chers confrères,

Au nom de l’Association des journalistes de l’information sociale, j’ai l’honneur - et le plaisir - de vous présenter les traditionnels vœux de notre profession. C’est une coutume à laquelle nous sommes attachés. Elle offre l’occasion d’un dialogue franc, dans un cadre solennel, où le temps de l’actualité chaude est pour un moment suspendu. 

L’année 2013 a été riche en événements sociaux. Si j’osais, je la résumerais par une formule : une année – trois ANI ! De fait, trois accords nationaux interprofessionnels ont été signés l’an passé, souhaités par votre ministère : celui de la sécurisation de l’emploi en janvier, celui sur la qualité de vie au travail en juin et, enfin, celui sur la formation professionnelle en décembre. Nombre d’entre nous ont suivi les négociations et analysé les avancées pas à pas. Une année foisonnante donc, enrichie par un deuxième sommet social en juin dernier.

En 2013, nous avons également eu à cœur de suivre et de décrypter pour nos lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs la situation de l’emploi en France ainsi que les effets de la politique mis en place par le gouvernement depuis mai 2012. Cette attention particulière que nous portons aux chiffres du chômage a eu un effet collatéral inattendu : elle nous a permis d’augmenter nos compétences journalistiques. De fait, certains journalistes de l’Ajis sont désormais experts en bug informatique et analystes avertis en sémantique dite « de l’inversion de la courbe » ! Peut-être l’année 2014 nous apportera encore de nouvelles compétences professionnelles telles que celles-ci. Quoiqu’il en soit, soyez assuré que nous tâcherons de ne pas faillir à notre mission d’information. 

Nous serons tout aussi attentifs aux deux sujets majeurs qui sont d’ores et déjà à l’agenda social. D’abord le projet de loi sur la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale, que vous avez présenté hier en Conseil des ministres. Ensuite le dialogue ouvert avec les partenaires sociaux dans le cadre du Pacte de responsabilité initié par le président de la République. 

Je pourrais également citer la réforme du mode de désignation des conseillers prud’hommaux, la négociation sur l’assurance chômage, le travail le dimanche dans certains commerces et la relance des discussions sur la modernisation du dialogue social et des instances représentatives du personnel. Devant un tel menu, je suis convaincu que nous aurons l’occasion, cette année encore, d’échanger régulièrement avec vous sur l’ensemble de ces sujets. 

Comme vous le savez Monsieur le Ministre, la mission principale de l’AJIS est double : favoriser la production d’une information sociale de qualité et veiller à un égal accès aux sources pour l’ensemble des journalistes sociaux. Aussi, permettez-moi de vous remercier d’avoir une nouvelle fois répondu positivement à notre invitation en septembre dernier et d’être venu vous confronter aux questions de nos adhérents.

J’en profite pour préciser que ce type de rencontres est le fruit de la pleine collaboration de votre équipe du service de presse. Sur ce point, et plus généralement sur les relations des journalistes sociaux avec votre ministère, les remontées des adhérents de l'Ajis laissent à penser que la communication passe plutôt bien, malgré les contraintes et la charge de travail de vos conseillers.

Nous formons le vœu que cela perdure cette année encore. 

Je souhaite terminer ce bref discours en évoquant la situation de l’emploi au sein du secteur de la presse. Situation que votre collègue du gouvernement Arnaud Montebourg a, dans un élan dont il a le secret, comparé à celle de la sidérurgie dans les années 80… Sans peut-être aller jusque là, le constat n’en est pas moins alarmant. Baisse du lectorat, évolutions technologiques, changement des habitudes de lectures : les raisons sont multiples et identifiées. Selon différents décomptes, en 2013 entre 1 100 et 1 500 emplois ont déjà été supprimés ou sont directement menacés via des rachats ou des projets de plans sociaux. Je citerais juste, puisque cela concerne directement certains de nos adhérents, le rachat pour un euro symbolique de l’ensemble des publications santé du groupe Wolters Kluwer France avec la suppression annoncée d’une quarantaine de postes.

A cela s’ajoute une précarisation du métier de journaliste où recours aux CDD, aux pigistes, voire même à des auto-entrepreneurs, se multiplient. Recours qui, lorsqu’ils ne respectent pas le droit du travail et un minimum de conditions permettant de sécuriser l’emploi, influent négativement sur la qualité de l’information délivrée par les journalistes concernés.

C’est un sujet de préoccupation majeur, non seulement pour notre association et l’information sociale, mais plus généralement pour la tenue d’un débat démocratique éclairant pour nos concitoyens.

Il nous paraissait important de vous interpeller sur ce sujet en cette occasion privilégiée.

En conclusion, Monsieur le Ministre, permettez moi de vous adresser, au nom de l’AJIS, mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle. Qu’elle soit riche en succès et en réussite sur le front de l’emploi. Et qu’elle soit également riche de réussites pour vous-même, vos proches ainsi que pour vos collaboratrices, vos collaborateurs et les membres de votre administration.

Je vous remercie de votre écoute.

Pour lire le discours de Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, cliquez ici

Crédit photo : Olivier Clément