20 janvier 2013

Retrouvez le discours de Camille Dorival, présidente de l'AJIS, lors des voeux à la presse de Michel Sapin

Messieurs les ministres,

Chères consœurs, chers confrères,

Mesdames et messieurs,

C’est avec plaisir, mais aussi avec émotion, que je m’exprime ici pour la dernière fois devant vous, Messieurs les ministres, en tant que présidente de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS) et au nom des 314 journalistes adhérents de notre association. Eh oui, bien qu’il me reste encore près de 31 annuités à cotiser, je vais bénéficier dans trois jours d’un dispositif spécial de retraite anticipée de l’AJIS pour carrière longue, après neuf ans de bons et loyaux services au bureau de l’association.

Neuf ans de suivi intensif de l’actualité, d’organisation de grands-rendez vous, de matinées de décryptage et de voyages de presse, neuf ans de débats passionnés avec mes confrères du comité directeur sur des sujets aussi enthousiasmants, bien qu’un peu arides de prime abord, que le RSA, les OPCA, le DIF, le PLFSS, les CHSCT, les IRP, les CTP, les CSP, le POE, l’IAE, les CCAS, la FNSEA, la FFSA, le FPSPP, le CNFPTLV, la CCMSA, le DMP, la T2A, la CES, la Cades, les SSIG, ou encore la CNSA.

Vous l’aurez compris, Messieurs les ministres, ceci est un test : bien qu’au pouvoir depuis seulement quelques mois, votre fonction exige bien évidemment que vous connaissiez sur le bout des doigts la signification de chacun de ces sigles, comme nous la connaissons tous. Mais attention, il y a un piège : des sigles relevant du champ de la santé et de l’action sociale, que couvrent aussi les journalistes de l’AJIS, se sont glissés dans cette longue liste. A vous de les dénicher, cela fait partie du test ! Les réponses à l’interro sont attendues sur le bureau du prochain président de l’AJIS – ou de la prochaine présidente – pour vendredi matin 8h. Ce sera son bizutage.

Bref, tout cela pour dire que mon engagement à l’AJIS va me manquer, même si je resterai bien évidemment adhérente de cette association qui sait nous prouver chaque jour sa vitalité et son dynamisme. Je dois dire, Monsieur Sapin, que vous avez contribué à entretenir ce dynamisme ces derniers mois. D’abord, un mois et demi à peine après votre entrée en fonction, vous êtes venu personnellement remettre le Prix AJIS à deux brillants étudiants en journalisme, puis avez accepté, dès la rentrée septembre, de venir affronter lors d’un Grand rendez-vous une cinquantaine de journalistes de l’AJIS – l’un de nos plus beaux scores de l’année -, qui n’ont pas manqué de vous poser plein de questions pleines de sigles, que fort heureusement vous maîtrisiez déjà parfaitement à cette époque.

Avec la signature de l’accord sur la sécurisation de l’emploi, dont on peut dire sans trahir de secret que vous avez été l’un des artisans de l’ombre, et la présentation prochaine d’un projet de loi reprenant les termes de cet accord, l’actualité va vous mettre à nouveau sous le feu des projecteurs dans les mois à venir, et nous ne manquerons pas de vous harceler à nouveau pour que vous veniez répondre aux questions éclairées de nos adhérents.

Monsieur Repentin, nous n’avons pas encore eu l’occasion de vous accueillir, mais les contacts ont d’ores et déjà été pris pour organiser un Grand rendez-vous avec vous, puisque l’actualité de la formation professionnelle va être forte dans les prochains mois, avec notamment le projet de loi sur l’acte 3 de la décentralisation attendu pour le mois de mars, qui aura un impact important sur vos champs de compétences, ainsi que la création, prévue par l’accord susnommé, du compte personnel de formation.  

Chaque année, la tradition veut que la personne qui s’exprime devant vous au nom de l’AJIS donne une appréciation des relations nouées entre les journalistes de la sphère sociale et vos ministères, d’après ce que nous en disent nos adhérents. Eh bien cette année, je suis un peu déçue, ça va être plus court que d’habitude : en gros, on peut dire que ça se passe plutôt bien, dans chacun de vos deux ministères.

Quelques critiques tout de même, sans cela ces vœux ne serviraient pas à grand-chose : plusieurs journalistes nous ont dit rencontrer des difficultés à être mis en relation avec des conseillers techniques lorsqu’ils le demandent. Et comme nous avons des oreilles partout, nous savons également de bonne source que vous organisez, de temps en temps, des points off en petit comité.

Certes, Monsieur Sapin, j’imagine qu’une forme d’alternance s’est appliquée en la matière : les journalistes convoqués à vos points off ne sont sans doute pas tous les mêmes que ceux qui étaient conviés aux points off de vos prédécesseurs du gouvernement Fillon. Néanmoins, cela reste des points off en groupes réduits, qui ne peuvent convenir à une association comme l’AJIS, dont une des raisons d’être est de militer pour l’égal accès de tous les journalistes à l’information, quel que soit leur statut, quel que soit le titre pour lequel ils travaillent. Soulignons toutefois que les adhérents de l’AJIS ont apprécié le point off que votre directeur de cabinet a organisé, ouvert cette fois à tous, pour décrypter l’accord sur la sécurisation de l’emploi.

Pour finir, Monsieur Sapin, puisque vous être ministre, entre autres, du Travail et de l’Emploi, je voudrais attirer votre attention sur le travail et l’emploi des journalistes et sur l’avenir de notre profession et plus largement de notre secteur d’activité. Cet avenir s’annonce bien sombre : plan de départ volontaire d’une centaine de personnes au Figaro, projet de cession du pôle Santé de Wolters Kluwer qui pourrait entraîner une quarantaine de suppression de postes, plan de sauvegarde de l’emploi d’une vingtaine de postes sur 100 au groupe Profession santé, nouvelle suppression de 10 postes à la Tribune, sans parler de la mise en liquidation de Sipa News et du groupe Impact Santé et du plan de restructuration de Presstalis.

Notre avenir est sombre, Monsieur le ministre, et incertain. Mais ce n’est pas que l’avenir d’une profession qui est en jeu. Il s’agit aussi de l’avenir de l’un des fondements de notre démocratie, de cette presse, qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou Internet, que certains qualifient encore de « 4e pouvoir » et qui est aujourd’hui menacée non par un autorité politique qui l’empêcherait de s’exprimer, mais par un modèle économique qui s’effondre et qu’elle peine à reconstruire.

Le président de la République a annoncé une refonte des aides à la presse pour 2013. Espérons que cela permette aux médias de repartir sur de bonnes bases, et aux journalistes de faire leur travail avec davantage de sérénité, moins d’incertitudes, pour continuer à décortiquer l’actualité, notamment sociale, avec la capacité d’analyse et de critique constructive dont ils savent faire preuve.

Messieurs les ministres, cela ne m’empêche pas, au nom de l’AJIS, de vous souhaiter une très belle année 2013, sur le plan professionnel bien sûr, mais aussi à titre personnel, à vous, vos proches et vos équipes.

Merci de votre attention.